Chapitre 6-  Brouillon (Draft)

Le rétablissement du patriarcat latin de Jérusalem  en 1847

 Père Hanna Kildani

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  


Traduction par Jacques Bordelais du chapitre 6 de Modern Christianity in the Holy Land  (AuthorHouse edition)

 

Sommaire

Introduction

1) Le projet de rétablissement du Patriarcat latin de Jérusalem  à la réunion de la Propanganda Fide de 1842. 3

2) Facteurs et circonstances de la réouverture du dossier du Patriarcat de Jérusalem.. 7

A) Nomination de l’évêque protestant Samuel Gobat  en 1846. 7

B) Rapport de Constantino Giusti 8

3. Inscription du projet de rétablissement de Patriarcat latin  à l’ordre du jour de la Propaganda Fide du 25 janvier 1847 et position de l’Ordre franciscain. 9

A.    Confirmation du projet 9

B Correspondance entre la Propaganda Fide et le Ministre général franciscain. 10

4. Rapport du cardinal Acton. 13

A  Introduction. 13

B   Raisons justifiant l’établissement d’un diocèse latin à Jérusalem.. 13

C. Réponse à la lettre du Général des franciscains. 15

D) Qualités et titre du nouvel évêque. 16

E) Limites du diocèse. 17

F) Relations entre les évêques et les clercs, le système interne du diocèse. 17

G. Conclusion. 20

5. Echanges entre la Propaganda et Pie IX. 22

A) Intervention papale du 28 avril 1847. 22

B) Session du 3 mai : La Congrégation recommande la nomination d l’abbé Giuseppe Valerga. 22

C) Audience du 16 mai :Le pape entérine la nomination de l’abbé Valerga et le fait convoquer à Rome  22

D) Réunion du 8 Juillet : les relations Patriarche-Custodie. 23

E) Audience du11 Aout : réponses du Pape. 24

6. Attitude du Gouvernement français. 25

7. La lettre apostolique Nulla Celebrior 28

8. Instructions de la Propaganda Fide du 10 décembre 1847. 31

Conclusion. 33

 

INTRODUCTION: 

                La restauration du Patriarcat latin de Jérusalem fut liée à un certain nombre de circonstances historiques différentes. L’occupation de la Grande Syrie (Bilad al-Sham) par Mohammed Ali créa une faille dans le corps agonisant de l’Empire Ottoman. A travers cette faille, les Grandes Puissances s’engouffrèrent pour interférer dans les affaires intérieures du Sultanat en cours d’éclatement et pour le réorganiser en jouant sur ses divisions internes. Il était évidemment plus difficile de faire cela dans les siècles précédents.

La raison directe pour envisager le rétablissement du Patriarcat latin, et l’élévation du niveau de la représentation catholique en Palestine, fut l’offensive protestante qui était représentée par un évêché anglican associant anglais et allemands. Au Vatican, Pie IX (1846-1878) fut couronné pape pour le plus long règne de l’histoire de la Papauté. En « seulement » 32 ans, il établit 29 archidiocèses et 132 diocèses dans toutes les parties du monde. Evidemment, le rétablissement du Patriarcat fut une de ses plus grandes réalisations. L’histoire du Patriarcat est liée à sa forte personnalité. La restauration était un projet majeur et peut être considéré comme une partie du plan général d’expansion de la foi catholique. C’est sous le règne de son prédécesseur, Grégoire XVI (1831-1846) que l’idée du rétablissement fit surface.

1 – Le projet de rétablissement du patriarcat latin de Jérusalem  à la réunion de la Propanganda Fide de 1842.

 

Le mouvement commença à Rome en 1842 à la suite de la nomination de Michael Solomon Alexander comme évêque anglican de Jérusalem. Un comité de la Propaganda Fide fut chargé d’étudier l’hypothèse de nommer un vicaire apostolique à Jérusalem avec le rang de patriarche.
Le cardinal Franzoni, préfet de la congrégation adresse une lettre le 14 janvier 1842 au Ministre général des Franciscains, Giuseppe di Alessandria, pour lui demander son avis. Le général encouragea le projet par sa réponse du 7 février. Il écrivait : «  C’est une très bonne idée d’établir un Patriarche à Jérusalem pour revitaliser le passé glorieux de l’Eglise et de la Terre Sainte ».  Il proposait plusieurs idées sur le rétablissement du patriarcat, disant par exemple : « les sujets qui impliquent la vie des Frères mineurs seront laissés au Custode de Terre Sainte. Le Patriarche et le Custode sont indépendants, chacun dirigeant les affaires de sa charge. » Dans la même lettre il supposait que la nouvelle charge serait remplie par un franciscain comme c’était le cas des vicariats d’Alep et d’Alexandrie. Mgr Perpetuo Guasco, ofm, vicaire apostolique d’Alexandrie semblait un choix possible et souhaitable pour cette nouvelle fonction.
Peu de jours après la date de cette lettre, la situation se renversa. Le Ministre général des franciscains réalisa que l’évêque de Jérusalem pourrait être un non franciscain. Il souleva immédiatement  plusieurs obstacles à l’établissement du Patriarcat. Il annonça que ses frères n’étaient pas préparés à coopérer avec une nouvelle autorité ecclésiastique, évêque ou patriarche.

Il envoya donc le 20 février une annexe à sa précédente lettre, disant : « Mon devoir m’a dicté d’envoyer une nouvelle lettre constituant une annexe nécessaire à la première. » C’est dans cette lettre que venait la réponse catégorique aux propositions de la Congrégation : « Les Frères mineurs seront malheureux de devoir obéir à un supérieur du rang d’évêque ou de patriarche même s’il était de leur ordre. »
Le 28 février 1842, lors d’une réunion de la Propaganda Fide, les cardinaux appuyèrent le plan de nommer un évêque à Jérusalem, parce qu’ « ils pouvaient voir le danger des événements en Orient. La situation montrait que les choses pouvaient empirer, allant jusqu’au schisme ou à l’hérésie ». L’idée de nommer un évêque latin sembla donc très opportune. Le cardinal Franzoni soumit alors les propositions suivantes :

-          La Propaganda Fide doit-elle recommander à Sa Sainteté la nomination d’un vicaire patriarcal à Jérusalem ? Mgr Guasco est-il le bon candidat ?

-          Le Vicaire Patriarcal doit-il assumer les fonctions du Custode ? en d’autres mots, faut-il combiner les deux fonctions ?

-          Si Mgr Guasco est transféré à Jérusalem, qui doit lui succéder comme Vicaire pour l’Egypte ?

Les cardinaux furent frappés par l’accélération des évènements,  et particulièrement par l’attitude du Général des franciscains. La congrégation interrompit donc le projet, malgré la protestation du cardinal archevêque de Salzbourg : «Toute l’Allemagne sera triste et méfiante si un évêque Latin n’est pas nommé à Jérusalem ».Les catholiques allemands espéraient attentivement  la nomination d’un évêque latin pour répondre au renforcement du diocèse protestant. De plus, le cardinal Lambruschini, protecteur des franciscains, avait indiqué qu’il « soutenait la nomination d’un évêque latin à Jérusalem ». Mais le débat sur le rétablissement fut suspendu. Le cardinal Acton eut un commentaire très approprié sur le résultat des efforts de rétablissement à ce moment : « Tout fut retardé alors qu’il y avait entier accord sur la réalisation du projet ».

Rome ne négligeait pas totalement la question du Patriarcat de Jérusalem. En 1844, la Propaganda Fide demanda à Mgr Corboli une note de réflexion sur la rétablissement  et sur la nature des relations entre le Patriarcat et le Custode de Terre sainte. Cette note fut positive mais hésitante sur le l’attribution du titre patriarcal à l’évêque de Jérusalem, « par crainte de provoquer la sensibilité des prélats orientaux »

Dans les années 1840, un troisième intervenant surveillait de près le projet de restauration du Patriarcat latin : le gouvernement français étant protecteur des chrétiens d’Orient, tout mouvement ou évolution les concernant attirait son attention.  A une question de Guizot, alors ministre des Affaires Etrangères, sur les chances de restauration du patriarcat, le comte de Latour Maubourg, ambassadeur à Rome, dans sa réponse du  8 janvier 1842, faisait le lien avec la nomination de l’évêque anglican à Jérusalem. Il mentionnait aussi le différend entre la Propaganda Fide et le Ministre général des franciscains : « J’ai appris indirectement que pour neutraliser les suites de la nomination d’un évêque protestant à Jérusalem, on dit ici qu’il faut nommer un évêque catholique. Cette proposition a certainement été faite à la Propaganda Fide. Ce projet soulève ici quelques objections. En particulier, le Général des franciscains, en charge de la Custodie de Terre sainte, s’y opposait. « Le rang d’évêque, qui pourrait être donné à un de ses frères, pourrait conduire à un conflit entre celui-ci et les autorités de l’Ordre. Je crois, pour différentes raisons, que la nomination d’un faible évêque catholique sans clergé, sans paroisse et sans influence face à un adversaire fort d’un clergé actif et nombreux et soutenu par de Grandes Puissances auprès de l’Empire Ottoman, conduira à son échec. En conséquence, les enseignements et les valeurs qu’il représente seront méconnus par des populations ignorantes, particulièrement attirées par  des avantages matériels en dépit de leur enthousiasme pour de nouveaux projets ».

Il semble clair que la position française était de soutenir attentivement la position des franciscains. Le 28 juin 1842, le même Latour Maubourg écrivait donc à son ministre : « J’ai été indirectement conseillé de soutenir au nom de la France la position de l’Ordre franciscain qui voit dans l’évolution des choses une menace directe contre ses droits et même un danger pour les intérêts catholiques.  N’étant pas informé des vues de Sa Majesté le Roi sur cette affaire, je ne prends pas de position  spécifique avant de recevoir mes instructions de Votre Excellence. »

Le Consul de France en Palestine, Gabriel de Lantigny, fut reçu à Rome le 16 mai 1843 par Grégoire XVI. Relatant l’audience dans une lettre au Ministre, il estime que plusieurs projets soutenus par le Saint-Siège en Palestine sont irréalistes. Cependant, il finit en admettant que : « Rome peut étendre son influence en Palestine par tous les moyens possibles sans que cela porte atteinte à la protection traditionnelle des catholiques d’Orient par la France. »

L’attitude française devint une opposition franche au projet d’un diocèse catholique à Jérusalem. Le 15 mai 1847 Guizot écrivait à son ambassadeur à Rome, toujours Latour Maubourg : « Je crois que l’établissement d’un diocèse catholique à Jérusalem ne sera pas en lui-même une bon projet pour nous. En fait il est inutile et peut-être dommageable. » Guizot justifie son opposition au projet de diocèse en arguant que les Britanniques pourraient élever leur niveau de représentation d’ « évêque à Jérusalem » à évêque de Jérusalem ». Un tel geste pourrait représenter un danger pour l’influence de la France dans la Région. Pessimiste, Guizot ajoute que les relations futures entre l’évêque et le custode seront forcément  « entre deux ennemis »

 Les efforts accomplis par le Siège Apostolique pour restaurer le p

Patriarcat latin de Jérusalem entre 1842 et 1847 peuvent être résumés ainsi :

1)     Le Vatican voulait nommer un évêque catholique à Jérusalem. Toutefois ni son rang ni ses compétences n’étaient encore fixés.

2)     Les autorités franciscaines soutinrent d’abord cette tendance, puis s’y opposèrent.

3)     La cause directe de ce mouvement fut la nomination d’un évêque anglican à Jérusalem. Ceci constituait un danger pour le catholicisme aux yeux du Vatican.

4)     Le gouvernement français, protecteur des  Chrétiens d’Orient, a  manifesté de l’intérêt pour les projets d’évêché de Jérusalem, mais aussi de l’ambiguïté, des soupçons et de l’appréhension évidents dans les textes.

5)     La Propaganda Fide retarda temporairement la décision de nomination à cause des difficultés rencontrées particulièrement du côté français.

2) Facteurs et circonstances de la réouverture du dossier du patriarcat de Jérusalem

 

A) Nomination de l’évêque protestant Samuel Gobat  en 1846

 

Le premier évêque protestant à Jérusalem, Michael Solomon  Alexander, mourut en 1846. Conformément à l’accord anglo-prussien de 1841, le Suisse Samuel Gobat fut nommé à sa succession. Il avait été ordonné  évêque en Angleterre dans les rites de l’église anglicane. L’évêque Alexander avait centré son activité sur les juifs, mais n’obtint jamais grand succès. Le nouvel évêque Gobat s’adressa  donc aux chrétiens locaux et obtint des résultats rapides qui sonnèrent le signal d’alarme dans les cercles orthodoxes et catholiques. Gobat essaya d’établir de bonnes relations avec les églises minoritaires comme les Syriens-orthodoxes, les Éthiopiens et les Arméniens ; en revanche les latins et les orthodoxes le virent arriver  avec inquiétude et suspicion.

En  Palestine, Gobat ne poursuivit pas la mission d’Alexandre auprès des juifs. L’Eglise protestante se transforma  radicalement en commençant à travailler les chrétiens locaux.

Dans un rapport du consul britannique à Jérusalem, James Finn, du 2 mars 1847 on peut lire : «  l’évêque Gobat est maintenant l’évêque de tous ceux qui ont  besoin de lui et non plus seulement un évêque pour les juifs ». 

Un autre rapport envoyé par Gobat au colonel Rose, le consul général britannique  à Beyrouth, le 13 novembre 1847 disait : «  Nous devons résister à la politique d’invasion culturelle catholique soutenue par la France et réalisée avec succès en Syrie. L’Eglise catholique trouve dans la politique française un instrument efficace pour soutenir son influence auprès de la majorité orthodoxe en Palestine ».

Dans la perception de Gobat, l’Angleterre était protectrice des protestants, la France celle des catholiques et la Russie celle des orthodoxes.   Sa politique amena donc à considérer le protestantisme comme un concurrent dangereux par les autorités tant catholiques qu’orthodoxes.

 

B) Rapport de Constantino Giusti

 

La nomination d’un nouvel évêque anglican ramena l’attention sur l’opportunité d’un Patriarcat latin d’autant plus que cela n’avait pas été souvent évoqué dans les dernières années. Parmi les facteurs qui conduisirent à rouvrir le dossier il y eut le rapport de l’artiste Constantino Giusti à Pie IX.   Giusti était un artiste italien qui visita  l’Orient pour y comprendre les problèmes religieux et politiques. Il exprima le désir de quelques personnalités françaises d’avoir un jour un évêque catholique à Jérusalem. Ces personnalités se plaignaient de l’absence d’un Episcopat catholique dans les  Lieux saints   . Le rapport Giusti figura comme un des documents importants dans le dossier sur le Patriarcat soumis à la Propaganda Fide de 1847.

3. Inscription du projet de rétablissement de patriarcat latin  à l’ordre du jour de la Propaganda Fide du 25 janvier 1847 et position de l’ordre franciscain.

 

A. Confirmation du projet  

 

La question de Jérusalem en étant inscrite à l’ordre du jour du 25 janvier 1847, les cardinaux exprimèrent leur volonté de d’ouvrir la question d’une nomination d’un évêque latin à Jérusalem. Après approbation du Pape, les cardinaux chargèrent  le cardinal Acton d’établir un rapport détaillé sur le Patriarcat latin. 

Ce rapport déclara : «  les Pères ont eu aujourd’hui une réunion générale: après avoir écouté le rapport suivant et réfléchi soigneusement à tout ce qu’il contient. Ils ont décidé par consensus que les raisons qui avaient justifié la suspension concernant l’établissement d’un évêque latin en Palestine ont disparu, et que plusieurs circonstances ont changé. Cependant ce changement n’empêche pas la nécessité d’actions rapides en faveur de la foi catholique. Donc si cela convient à Sa Sainteté le Pape, les cardinaux recommandent de reprendre ces décisions  et de les rediscuter à nouveau lors de la prochaine réunion. Toutes les questions sur la résidence de l’évêque susmentionné seront présentées et évaluées soigneusement et précisément.

Parmi les  choses devant être étudié soigneusement et précisément :

Faut-il un évêque, un archevêque ou un vicaire patriarcal ?

Devrait-il porter un titre de pays non chrétien (in partibus) ?

Devrait-il être choisi parmi les Frères mineurs ? Dans un tel cas est ce que la fonction d’évêque avec ses droits et ses pouvoirs  doit être unie dans la personne du Custode, et, si c’’est le cas, de façon permanente ou temporaire ?

Nous devrions aussi envisager les moyens de créer une bonne relation entre le nouvel évêque et l’Ordre franciscain de Terre sainte en tenant en compte du prestige et de la dignité de l’évêque. Tous ces sujets peuvent être traités de différentes façons dépendantes de différentes circonstances. Tout le monde s’accorde à considérer que le Ministre général des franciscains doit être consulté sur tous ces points. Cependant il est clair que la question de la création d’un nouvel évêque n’est plus en suspens. De plus il n’a pas été décidé que l’évêque serait franciscain. Le 31 janvier 1847, Sa Sainteté le Pape a entendu la décision de la Propaganda Fide et l’a gracieusement approuvée ».

Cette décision donna un essor nouveau à la question du Patriarcat et différa de tous les autres textes précédents en affirmant la nécessité de restaurer le Patriarcat latin de Jérusalem   et en considérant que les raisons de retard du projet n’existaient plus.

 

B Correspondance entre la Propaganda Fide et le ministre général franciscain

 

La décision de la Propaganda Fide fut d’officialiser l’approbation du Souverain Pontife. Elle envoya donc une lettre au Ministre général des franciscains, Luigi Da Loreto, le 6 février 1847 :« pour qu’il donne ses vues sur les meilleurs moyens de concilier l’autorité ecclésiastique, à rétablir à Jérusalem, avec l’Autorité locale franciscaine. »

La lettre lui demandait de répondre le plus rapidement possible en précisant  « qu’il est urgent d’établir l’organisation épiscopale dans tous les lieux où cela n’est pas encore fait ».

Cette lettre était de nature différente des lettres précédentes : le général franciscain n’avait pas à approuver ou non le projet, mais devait simplement, sans discussion, se prononcer sur les modalités d’un motus vivendi entre le Custode de Terre sainte et un évêque qui, sans être encore nommé, allait bientôt l’être.

Frère Luigi da Loreto  répondit le 24 février et sa lettre est incluse dans le rapport du cardinal Acton.

Les points essentiels de sa réponse sont les suivants :

 

1) La lettre envoyée par la Propaganda Fide est extrêmement surprenante.

2) La Custodie de Terre sainte est une concession spéciale à l’Ordre franciscain, les papes qui lui ont accordé cette concession l’ont toujours confirmée au cours des âges. Le Général  franciscain n’a aucun droit de décider d’abandonner des privilèges de l’Ordre. Une telle décision n’est pas en son pouvoir, elle appartient à tous les membres et les Provinces de l’Ordre. Cependant, l’Autorité suprême de l’Eglise a le droit de révoquer cette concession et les Frère  mineurs devraient obéir à une telle décision.

3) Plusieurs preuves confirment que la Mission de Jérusalem a une position unique au monde. La vérité est que cette Mission nécessite un régime différent de ce qui prévaut ailleurs. L’auteur ajoute avec méfiance : Est-il aucun régime qui ait duré 600 ans sans interruption comme l’Institution franciscaine en Terre sainte ?

4) Il n’est pas opportun de discuter de la question d’un vicaire apostolique à Jérusalem. La Propaganda Fide avait le même point de vue puisque plusieurs projets lui avaient été soumis mais qu’aucune décision pratique n’avait jamais suivi comme, par exemple, en 1819 et en 1842.

5) les Pères franciscains ont investi d’énormes sommes dans la Mission de Jérusalem. Cet argent a été collecté auprès des rois catholiques et protestants. Si la Mission de Jérusalem est perturbée, la motivation des Frères disparaîtra et cela conduirait à une baisse des ressources financières.

6) La modification du régime d’autres Missions a apporté des désordres et des incidents. Les vicaires apostoliques n’ont pas toujours été innocents dans ces incidents. En ce qui concerne la Mission de Jérusalem, si elle subit des dommages, ils seront difficiles à corriger. Si les Frères mineurs sont retirés des Lieux Saints, ceux-ci tomberont dans les mains des orthodoxes et les pèlerins catholiques seront à leur merci. La rénovation ou le changement de structure d’une antique Institution peut mener à sa destruction.

7) Les idées et les options que nous avons avancées nous incitent à suspendre toute décision. Il serait déraisonnable de dire : « essayons ceci »ou « essayons cela ». L’essai pourrait produire une destruction totale. Aujourd’hui nous sommes face aux Orthodoxes et aux Turcs. Les Turcs ne changent pas, ils coopèrent avec celui qui leur offre la meilleure rémunération. Si les Grecs de Terre sainte perçoivent un changement dans le système de gouvernement, ils feront pression et la position catholique serait pour toujours perdue. Il est donc indispensable de déterminer les raisons qui ont amené dans le passé la Propaganda Fide à rejeter le projet de rétablissement du patriarcat.

 

8) Le Général franciscain terminait sa lettre en disant : « Je confesse devant vous et devant Dieu que si un évêque réside à Jérusalem, je ne pourrais pas tenir en main l’Ordre dont je suis l’indigne Général ».

 

Après examen des plus importants points soulevés par le Général des franciscains nous pouvons conclure qu’il envisageait le patriarcat ou un éventuel diocèse de Terre sainte comme une institution concurrente de la Custodie, et non comme une institution complémentaire et coopérative. Cette réponse négative fut très utile car elle força la Propaganda Fide à n’ignorer aucun aspect du dossier. Elle confia donc cette réponse et tous les documents au cardinal Acton qui fut chargé de préparer l’étude connue sous le nom de Rapport Acton.

4. Rapport du cardinal Acton

 

Le rapport Acton comporte 34 pages et  2 appendices : la note d’archives,18 pages et le sommaire, 41 pages.

C’est une étude détaillée sur la question du Patriarcat. Elle revient sur le développement de l’idée dans toutes ses phases. Préparé sur la requête de la Propaganda Fide, il est devenu une référence majeure dans l’étude de l’histoire du  Patriarcat latin de Jérusalem. Les cardinaux de la Propaganda Fide se sont appuyés sur lui lors de leur réunion et de leur décision sur la restauration du Siège du Patriarcat latin de la ville sainte. Voici une synthèse  des paragraphes les plus importants et des sujets traités par le rapport Acton.

A  Introduction 

C’est une brève revue des efforts faits pour rétablir le Siège Patriarcal Latin, reprenant les réunions et la correspondance dont nous avons parlé.

 

B   Raisons justifiant l’établissement d’un diocèse latin à Jérusalem 

Le cardinal Acton   rappelle les circonstances historiques, les phases de l’histoire de Palestine et les développements récents justifiant le rétablissement du diocèse latin de Jérusalem :

 

1.      Aucune  cité n’est autant fondée que Jérusalem à établir un diocèse. Depuis l’aurore du christianisme Jérusalem était un siège apostolique plus tard promu siège patriarcal. En plus des patriarches grecs de Jérusalem, il y a eu des patriarches latins de Jérusalem. Leur présence coïncida avec celle des Croisés en Palestine. Mais, après la fin des croisades, il y a toujours eu des patriarches latins de Jérusalem titulaires non-résidents.

2.      Le désir des fidèles, particulièrement en Europe, d’avoir un évêque catholique résident à Jérusalem. Les Protestants ont envoyé un évêque anglican à Jérusalem avant les Latins. Ceci a soulevé l’inquiétude des catholiques allemands, particulièrement  celle de l’archevêque de Salzbourg. De nombreux Franciscains souhaitent aussi avoir un évêque catholique à Jérusalem.

3.      Chaque Eglise Orientale à Jérusalem a un évêque. Même l’Angleterre y a son propre évêque.

4.      La représentation de l’Eglise catholique est faite dans chaque pays par le régime diocésain. Pourquoi ce principe ne serait-il pas suivi en Palestine alors qu’il n’y réside aucun évêque catholique oriental.

5.      Les besoins spirituels de 8000 fidèles en Palestine et Chypre, alors que les franciscains ne connaissent ni l’Arabe ni les coutumes du pays, ce qui constitue un obstacle au travail pastoral.

6.      Le nombre croissant de pèlerins voguant des pays catholiques vers la Palestine pour visiter les Lieux Saints.

7.      Le catholicisme est très peu développé auprès des chrétiens orientaux.

8.      Les catholiques orientaux diminuent en Palestine et Chypre alors qu’ils étaient déjà peu nombreux. Les Pères franciscains ont été accusés antérieurement de les faire passer au rite latin malgré les instructions du Saint Siège et de la Propaganda Fide. Nous recommandons donc que les rites orientaux ne soient pas touchés. Au contraire les catholiques orientaux doivent être convaincus d’obéir à leurs évêques. En ce qui concerne les protestants, ils ont envahi l’Orient et se sont installés dans les villes de Palestine pour attirer les orientaux catholiques, les latins et les orthodoxes et les palestiniens autant que les étrangers.

9.      Le Custode de Terre sainte, en charge  des chrétiens, n’est pas un évêque. Il ne connaît ni la langue ni les coutumes du pays. Il se conforme aux règles de son Ordre et de son supérieur. Sa mission est limitée à la supervision de la vie des Frères et à la collecte des contributions pour la Terre sainte. Au contraire, un évêque  jouirait de plusieurs privilèges et avantages dus à son sacre et à son caractère épiscopal. Pleinement dévoué aux besoins des fidèles, il connaitra leur langue. Il sera l’égal en rang à tous les évêques des pays catholiques. A ce titre, il ne doit rendre compte qu’au Saint Siège. Tous ces privilèges peuvent produire de nombreux avantages en Terre sainte.

10. Quaresimus, custode de Terre sainte au début du XVIIème siècle, souhaitait que Jérusalem ait son propre Patriarche. Ses vues étaient respectées et appréciées par les franciscains.

 

C. Réponse à la lettre du Général des franciscains.

1.      Personne ne peut douter que l’Ordre franciscain a fait énormément de bien à la Terre sainte. Elle leur doit de nombreux bienfaits. Cependant, il y a des motifs à la présence d’un évêque résident à Jérusalem que le Général franciscain n’a pas mentionnées.

2.      Le Général conteste le principe du rétablissement du patriarcat, ce que le Pape, auquel l’ordre franciscain était loyal et obéissant, n’approuve pas.

3.      Au lieu de faire des propositions constructives, il présente des arguments soutenant que le projet de Patriarcat constitue un danger grave pour l’Ordre et le futur de la Terre sainte.

4.      Le Général des franciscains compare la nomination d’un évêque de Jérusalem à une étoile filante. Cette comparaison entre des évêques latin et grec est-elle vraie ? A cette époque, le plan de nomination d’un évêque échoua car les Frères mineurs s’y opposèrent, et reçurent le soutien de plusieurs Puissances.

5.      Personne ne peut négliger le désir de chrétiens d’avoir leur propre évêque à Jérusalem.

6.      Sur l’idée que la Mission de Jérusalem est d’un type particulier et que ses privilèges sont absolus et nécessaires, Acton répond que c’est précisément à Jérusalem que le Christ institua l’épiscopat.

7.      La charité et les aumônes reçues par la Mission de Jérusalem ne seront pas diminuées par le renforcement de la situation ecclésiastique et l’arrivée d’un évêque.. Elles ne sont pas données aux Pères franciscains mais à la Terre sainte, où elles sont utilisées. Même si les dons devaient diminuer, les nombreux avantages d’un épiscopat en Palestine dépasseraient la perte. Il faut noter ici que la Propaganda ne contrôle pas les comptes des frères. Cependant les informations de ses archives ne sont pas en leur faveur. L’arrivée d’un évêque n’arrêterait ni les dons ni la charité. Au contraire, la confiance des fidèles serait renforcée. Les zélés frères redoubleront d’enthousiasme, particulièrement si des objectifs ou des intérêts personnels n’influent pas sur leur attitude.

8.      La raison des querelles survenues entre les Frères et les délégués apostoliques à Alep et à Alexandrie est que les frères n’ont pas respecté la juridiction des évêques ou appliqué leurs instructions.

9.      Le Ministre général évoque des rumeurs sur les tentatives des Grecs auprès de la Sublime Porte pour se saisir des Lieux saints en possession des Latins. Acton s’interroge sur l’origine de ces rumeurs et demande qu’elle soit rendue publique. Il spécifie que les frères sont traités avec respect et considération non en fonction de leur ordre, mais parce qu’ils sont Latins et Francs (occidentaux).

10. Les Turcs sont habitués au système diocésain. Les patriarches et évêques sont les    chefs civils des fidèles de leur confession. Plusieurs évêques ont déjà célébré à Jérusalem, dont Mgr Guasco. Les Turcs ne s’en sont pas offusqué. En fait, la Sublime Porte a exprimé le désir que des évêques Européens servent les Latins du pays. La Sublime Porte ne ferait donc aucune objection à l’introduction d’un diocèse à Jérusalem.

11. « Les Turcs sont toujours les mêmes ».Le Général ayant souvent répété cette phrase, Acton croit qu’elle est exagérée et calomnieuse.

12. Acton présente la documentation fournie par le Général franciscain. Elle comprend la tentative avortée de rétablissement en 1819, et une seconde tentative qui n’échoua pas mais fut interrompue.

 

D) Qualités et titre du nouvel évêque.

 

Jérusalem avait un Patriarche titulaire, Mgr Foscolo, qui ne résidait pas. Selon la coutume, on ne peut pas nommer un patriarche à un siège occupé par un titulaire, même si le nouveau est résident ordinaire du diocèse. Si la Propaganda nommait un patriarche de plein pouvoir effectif, le pape pouvait transférer Mgr Foscolo à Alexandrie. Si l’évêque nommé à Jérusalem avait rang de patriarche, les évêques de Constantinople et d’Alexandrie pourraient prétendre au même rang.

Si le titre de patriarche est attribué à l’évêque de Jérusalem, les prélats orientaux seront mécontents : ils ne veulent pas de patriarche latin en Orient. A partir de cela, Mgr Corboli recommanda que l’évêque de Jérusalem soit vicaire patriarcal ou archevêque, pour ne pas heurter les sensibilités orientales. Mais cela est impossible  selon les normes canoniques.

En d’autres termes, il est interdit de rabaisser le rang ecclésiastique d’un patriarcat à un évêché  ou à un archevêché. Il est aussi impossible que la même Eglise soit présidée géographiquement par un patriarche orthodoxe et un archevêque latin. Finalement le cardinal Acton recommanda que l’évêque de Jérusalem ait d’abord le rang de vicaire apostolique pour y ajouter ensuite le titre de patriarche, car il occupe un antique siège patriarcal.  Le nouvel évêque aura tous les droits d’un ordinaire dans son diocèse, une note serait publiée à ce sujet comme cela a été fait pour le Vicaire patriarcal de Constantinople.

 

E) Limites du diocèse

Les limites du diocèse de Jérusalem devraient être les frontières de l’ancien Patriarcat latin des croisés en y ajoutant Chypre. Dans le patriarcat des croisés, il y avait 7 évêques auxiliaires ou vicaires du Patriarche. Cependant, étant donné le petit nombre de fidèles actuels, il n’y en a pas besoin. Il fut donc jugé préférable de nommer un seul évêque à Jérusalem.  Pour l’éventuelle nomination d’un évêque auxiliaire à Chypre, il fut décidé de consulter le père Paolo Brunoni qui y avait résidé pendant dix-huit ans. La décision finale sur les limites fut reportée à plus tard.

 

F) Relations entre les évêques et les clercs, le système interne du diocèse

Ceci est un sujet difficile à étudier à cause de la structure complexe de la Palestine, nous devons donc nous référer à l’Histoire de l’Eglise de Jérusalem pour trouver des solutions pacifiques dans les temps présents.

 

1.      Le Patriarche de Jérusalem et la formation du clergé national              

La première question sur le futur diocèse de Jérusalem est : quel système ecclésiastique pour organiser les fonctions du patriarche ?  En d’autres termes, quelle est la nature des fondements sur lesquels le diocèse serait construit ? Au temps des Croisades, l’évêque était entouré de prêtres diocésains, de bénédictins et de chanoines de St Augustin. Le Conseil Canonial de l’évêque était constitué d’Augustins qui célébraient la liturgie dans l’église du Saint Sépulcre

 L’évêque était choisi soit dans le clergé séculier, soit dans le clergé régulier du diocèse comme l’expérience du passé l’enseignait. L’objectif dans les deux cas était le bien général de l’Eglise.

Sur cette base, Acton fit la proposition suivante : parmi les milliers de catholiques latins de Palestine nous pourrons trouver des vocations à mettre au service de l’évêque. L’évêque de Jérusalem n’est pas seulement une personne a qui on a accordé l’épiscopat mais c’est à la fois un évêque et un clergé. Donc ce clergé devrait être diocésain, séculier, et non pas régulier. Les franciscains garderont leurs paroisses et l’évêque aura l’opportunité de former son propre clergé séculier. La présence des carmes à Haïfa était une indication que la mission de l’Eglise n’était pas le monopole des franciscains. Donc l’évêque aura tôt ou tard à former son propre clergé sans créer de conflit avec les Frères. Le conflit survient généralement quand les règles religieuses ne sont pas respectées. Il faut rappeler que le vicaire apostolique de Constantinople a son propre clergé travaillant à côté des ordres religieux qui conservent leurs couvents et leurs paroisses.

 

            2) Juridictions et fonctions.

Quaresimus, Custode de la Terre sainte au début du 17ème conseille qu’en plus de sa charge, le patriarche assume la fonction du custode, comme le patriarche des croisés qui était à la fois Patriarche et supérieur des chanoines du Saint Sépulcre. Maintenant, les Ordres monastiques s’étant développés, ils ont leurs propres couvents et règles et il est donc impossible pour une seule personne d’être à la fois Patriarche et Custode. A partir de là, le conseil du cardinal Acton est d’appliquer les normes du droit canon pour la nomination de l’évêque, toutefois il n’y aurait pas de problème si le patriarche était pris dans les rangs du clergé régulier ou non en fonction des besoins et circonstances du moment. Au cas où l’on combinerait les deux fonctions, le Ministre général des Franciscains devrait consulter les bureaux compétents du Saint Siège quand il nomme le Custode, parce qu’en le choisissant, le patriarche est indirectement nommé. En revanche, si les deux fonctions sont séparées, il n’a pas besoin de consulter la Congrégation  pour l’élection des évêques. Dans ce cas ce sont les normes générales pour la nomination des Ministres provinciaux qui s’appliquent.

Si le siège épiscopal est vacant, il y a un danger d’étouffement du jeune patriarcat par la Custodie de Terre sainte : il faut donc un évêque coadjuteur avec droit de succession pour éviter le danger. Celui-ci remplirait aussi ses fonctions habituelles auprès de l’évêque.

 

           3) Usage des églises paroissiales.

Chaque diocèse a une église cathédrale, qui est la première église du diocèse où l’évêque célèbre la Messe et les offices liturgiques. Les Pères franciscains ont obtenu 2 églises à Jérusalem, l’église du Saint Sépulcre et l’église du Saint Sauveur.

-Eglise du Saint Sépulcre : de nombreuses restaurations ont été fréquemment faites dans l’église du Saint Sépulcre qui garde néanmoins son style constantinien. Les Orthodoxes et les Latins se partagent l’église. Les heures de messe et de célébrations liturgiques ont été réparties sous la supervision des Turcs. L’église du Saint Sépulcre est restée l’église pastorale franciscaine jusqu’au 16ème siècle, quand les frères ouvrirent l’église du Saint Sauveur. A travers l’histoire des Patriarches de Jérusalem il semble certain que le Saint Sépulcre était l’église principale, la cathédrale patriarcale où les célébrations liturgiques avaient toujours lieu. Cependant, depuis le partage entre les Latins et les autres confessions chrétiennes, on pensa que l’évêque devrait célébrer la messe pontificale et les services liturgiques dans l’église du Saint Sauveur.

- Eglise du saint Sauveur : c’est l’église pastorale de Jérusalem près du couvent des Frères mineurs. Les franciscains en sont les seuls propriétaires. Quand il est impossible de célébrer à l’église cathédrale du Saint Sépulcre, les services ont lieu à Saint Sauveur. Les franciscains doivent être présents dans les deux églises dans leur fonction de chanoines. Les Frères célèbreront avec l’évêque dans toutes les églises de Palestine et de Chypre.

 

4) l’Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

A l’époque du Patriarcat latin et des Croisades, le patriarche était prieur de l’Ordre. Actuellement c’est le custode de Terre Sainte qui accorde les titres de l’ordre et promeut les chevaliers aux différents grades. Le Pape Alexandre VI (1492-1503) délégua au custode de Terre Sainte sa fonction de prieur de l’ordre exercée depuis la disparition du patriarcat effectif. Après le rétablissement d’un évêque à Jérusalem, qui sera prieur de l’ordre et accordera titres et promotions ? Cela serait décidé plus tard.

 

5) Ressources financières.

L’évêque de Jérusalem recevra une aide financière d’Europe pour soutenir ses projets .Les franciscains ont signifié leur refus de contribuer au budget de l’évêque. Cette objection est illogique car les recettes pour la Terre sainte assurent la subsistance des frères et cela doit  inclure l’évêque qui devrait avoir droit de regard sur les ressources et dépenses des frères. L’évêque doit être responsable de ce budget face aux Puissances chrétiennes.

 

G. Conclusion

L’objectif prioritaire des évêques latins d’Orient était d’appeler les dissidents au retour à l’Unité et d’œuvrer pour le bien des catholiques Orientaux. C’était donc une bonne idée de donner à l’évêque de Jérusalem les pouvoirs d’un Délégué pontifical pour remplir ces buts auprès des chrétiens orientaux. Le cardinal Acton proposa trois candidats : l’abbé Valerga, prêtre séculier, secrétaire du délégué pontifical en Syrie qui avait rejoint la mission des frères dominicains de Mossoul, le Père Paolo Brunoni de Chypre, le Père Da Civezza, Custode franciscain de la Terre sainte, le Père Villardel, ofm, et le délégué pontifical en Syrie. Au total, Le cardinal Acton proposait 37 points à la Propaganda Fide. Ils incluaient les circonstances de la nomination d’un évêque de Jérusalem, ses qualités, sa juridiction, et ses relations avec les franciscains.

 

5. Echanges entre la Propaganda et Pie IX

 

A) Intervention papale du 28 avril 1847

Le rapport du cardinal Acton était prêt pour le 3mai, date de la réunion de la Propaganda Fide, ayant été imprimé en mars. Cependant le débat sur le rapport et la question du patriarcat n’était pas à l’ordre du jour. Etait-ce un écho de l’opposition du Général franciscain du 24 février ? Etait-ce pure négligence ou indifférence ? Ou y avait-il des raisons cachées, encore inconnues ? En tout cas, le Pape identifia et corrigea cette erreur à temps en écrivant de sa propre main au Père Palma, secrétaire de la Congrégation, pour lui ordonner d’inclure la question à l’ordre du jour ; « La Propaganda devant se réunir pour débattre de plusieurs de ses problèmes, il est nécessaire que le Père Palma écrive rapidement (le mot est souligné par le Pape) une lettre circulaire aux cardinaux, attirant leur attention sur le fait que la question de l’évêque de Jérusalem sera discutée durant cette session et qu’elle sera le premier sujet soumis à débat. Le père Palma est chargé de l’exécution. [signé] Pius PP IX.

B) Session du 3 mai : La Congrégation recommande la nomination d l’Abbé Giuseppe Valerga.

Ayant pris en compte l’instruction papale, la Propagande Fide pouvait écrire dans les minutes de la réunion : « Selon les instructions de Votre Sainteté, la question de la restauration du Patriarcat a été débattue une nouvelle fois lors de notre réunion du 3mai. Les cardinaux ont étudié le rapport du cardinal Acton et répondu à douze de ses trente-sept questions. Les participants demandent que l’évêque de Jérusalem ait rang de Patriarche, et qu’il soit Représentant du Saint-Siège auprès de la Sublime Porte, pourvu qu’il réside à Constantinople. Si l’évêque de Jérusalem n’est pas patriarche, il doit être archevêque ou vicaire patriarcal. Les douze cardinaux ont proposé la nomination de l’Abbé Valerga « natif de Gènes, et très recommandable par sa piété, ses talents, son expérience pastorale et sa connaissance des langues orientales ».

 

C) Audience du 16 mai : Le pape entérine la nomination de l’Abbé Valerga et le fait convoquer à Rome

Durant l’audience du 16 mai 1847, la Congrégation présenta verbalement les décisions et recommandations de la réunion. Le Pape les approuva. « Après examen détaillé du rapport que je lui ai présenté lors de l’audience officielle, sa Sainteté le Pape Pie IX a décidé la restauration du Patriarche Latin de Jérusalem dans tous ses pouvoirs, a choisi pour cette fonction l’Abbé Giuseppe Valerga, selon la recommandation de la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foi, et a ordonné sa convocation à Rome. » Le Pape donna aussi ses instructions pour le retrait du Patriarche titulaire, Mgr Foscolo, qui démissionna le 10 octobre 184è, jour du sacre épiscopal de Mgr Valerga.

D) Réunion du 8 Juillet : les relations Patriarche-Custodie.

Les cardinaux avaient répondu le 3mai à douze des trente-sept propositions du cardinal Acton. Les vingt-cinq restantes furent réduites à quinze et reçurent les réponses suivantes :

1.      Les fonctions de Patriarche et de Custode de la Terre sainte resteront séparées en deux personnes. Le Patriarche ne pourra pas prendre les fonctions de Custode de la Terre sainte. En tant qu’Ordinaire, il est la tête de l’Eglise Latine.

2.      Les instructions du Concile de Trente et de Benoît XIV déterminent les relations du Patriarche et des prêtres paroissiaux du clergé régulier.

3.      Les instructions précédentes s’appliquent aux PP. Carmes de Haïfa et du Mont Carmel pour les nominations paroissiales.

4.      L’institution d’un clergé séculier national sera traitée ultérieurement.

5.      L’approbation pontificale est nécessaire à la nomination du Custode. Laissé à la   discrétion ultérieure du Saint-Père.

6.      On soumettra au Saint Père la possibilité de nommer un Vicaire Général patriarcal, pour administrer le diocèse en cas de vacance.

7.      L’attribution d’une des églises diocésaines au patriarche sera décidée ultérieurement.

8.      Le patriarche a le droit de célébrer dans toutes les églises du diocèse, dont les églises franciscaines et celles des autres ordres.

9.      10. Les franciscains peuvent assister liturgiquement le patriarche comme chanoines, comme ils le font dans leurs églises et aussi dans les autres églises du diocèse.

11. Le Patriarche aura décision sur les privilèges accordés au Custode, telle l’administration de la Confirmation.

12. Le Custode peut célébrer avec les insignes épiscopaux, sous réserve de la permission du patriarche en cas de présence de celui-ci dans le diocèse.

13. Sa Sainteté le Pape dira qui doit accorder les insignes de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem et l’appartenance à l’Ordre, le Patriarche ou le Custode de Terre sainte.

14. Sa Sainteté décidera de la participation de la custodie au budget du Patriarcat.

15. Le budget sera fixé ultérieurement, après prise en compte des vues du Patriarche et du Custode.

 

E) Audience du11 Aout : réponses du Pape

Lors de cette audience, le Pape répondit ainsi aux questions en suspens :

         - L’Ordre franciscain doit obtenir le « Placet » de Sa Sainteté pour la nomination du Custode de Terre sainte.

         - La nomination et la promotion des chevaliers du Saint Sépulcre de Jérusalem appartiennent au Patriarche.

 

6. Attitude du Gouvernement français.

 

Une lettre de Guizot, alors ministre des affaires étrangères, au Comte Rossi, ambassadeur à Rome, de juin 1847, fut présentée à la Propaganda Fide lors de la réunion du 8 juillet 1847. La lettre rappelait le retrait du Custode au couvent Carme de Haïfa en raison de son désaccord avec son Conseil. Le secrétaire de la Congrégation analysa la lettre en disant qu’ « elle décrivait la situation en reprenant le point de vue des franciscains ». Guizot recommandait de traiter le cas avec précaution : « la première mesure à prendre serait d’envoyer en Palestine un homme sage et informé, ferme et déterminé à extirper le mal jusqu’aux racines. Il devrait prendre sa mission très au sérieux et avoir rang de Délégué ou de Visiteur apostolique ». Ce que Guizot déclarait obtenir par sa recommandation était « l’intérêt suprême de la Religion, l’honneur du catholicisme et du Saint Siège ». Il terminait en demandant à son ambassadeur à Rome de « convaincre le Saint Siège qu’une décision ferme doit être prise. »

La lettre de Guisot suggérait que la position française évoluait vers une réactualisation de la question du Patriarcat latin. Cependant, le ministre n’imaginait pas que Rome enverrait un patriarche en Palestine avec un très vaste pouvoir. En ce qui concerne la Propaganda Fide, elle utilisa habilement la lettre en l’inscrivant dans les minutes de la réunion et la mentionna auprès du Pape pour donner une nouvelle urgence à la question du Patriarcat de Jérusalem.

L’opposition française à l’établissement du Patriarcat fut continue de 1842 à 1847. Elle est prouvée par les échanges de lettres entre les affaires étrangères, l’Ambassade de Rome et le Consulat de Jérusalem. Cette opposition n’empêcha pas Rome de développer ses propres plans. Valerga fut choisi pour être Patriarche de Jérusalem, or c’était un sujet de la Sardaigne, laquelle était en concurrence avec la France pour la protection du catholicisme en Orient.

Donc Monseigneur Valerga était un adversaire de la France sur les plans national et politique. Dans sa lettre à Rossi, du 9 Juillet 1847, Guisot donnait ses instructions à un moment où il était presque certain que le Saint Siège allait nommer un Patriarche. La manœuvre pour arrêter cette nomination était inutile. Au moins, « le Patriarche ne doit pas être Sarde, et il n’est pas nécessaire d’en mentionner les raisons parce que vous les connaissait bien et je laisse donc ce point à votre jugement. »

Vu la date de la lettre (9 Juillet 1847), Guisot ne devait pas être informé de la nomination de Monseigneur Valerga, le 16 mai, la France n’essayait pas de demander la nomination d’un évêque français mais notait qu’au minimum il devait être Romain c'est-à-dire ressortissant des Etats pontificaux et non sujet sarde. L’ambassadeur Rossi fut reçu par le Papes et les cardinaux pour tenter une dernière fois d’éviter l’accession d’un sarde au siège patriarcal de Jérusalem. Dans son rapport du 28 septembre, Rossi écrit au ministre : « j’ai soulevé deux fois la question de l’évêque de Jérusalem, il semble que Sa Sainteté soit déterminée, contrairement à son premier mouvement, à nommer un évêque sarde, Monseigneur Valerga. Sa Sainteté le Pape a justifié la nomination en disant que Monseigneur Valerga est d’origine sarde mais qu’il est Romain par sa culture, ses habitudes et sa résidence et qu’il a été nommé par la Propaganda Fide à une majorité de voix. Il recevra des instructions rassurantes pour le gouvernement français. »

Il y avait des raisons pour la position indignée de la France sur la politique du Saint Siège et sur Mgr Valerga. La France, protecteur des chrétiens d’Orient, n’avait pas été consultée sur la nomination de l’évêque. En fait la direction du diocèse était accordée à un Patriarche appartenant à une nation concurrente de la France en Orient. La France n’avait pas d’animosité personnelle vis-à-vis de Mgr Valerga, c’est donc pour rassurer l’ambassadeur français que le Pape avait rappelé que celui-ci était Romain « par sa culture, ses habitudes et sa résidence ».

L’amertume de la France est évidente dans la lettre que Guizot envoya à Rossi le 18 octobre 1847 « je n’hésiterai pas à dire que le Saint Siège voudrait nous faire jouer un rôle pénible en nous demandant, comme à l’habitude, de transporter sur nos navires des personnes et une correspondance hostile à la France. » En effet, Mgr Valerga allait se rendre en Palestine à bord d’un bateau français. « Nous avons été très peinés quand nous avons appris le choix fait par sa Sainteté le Pape, non pas que nous ayons des réserves ou des préjugés concernant la personne nommée mais parce que nous regrettions sincèrement que Sa Sainteté n’ait pas pris en compte les notes que nous lui avions envoyées alors que nous le faisions dans l’intérêt des catholiques d’Orient. »

Quel était donc le motif de cette nomination du sarde Valerga en dépit de l’opposition française ? Etait-ce le bien des fidèles et  l’intérêt suprême de l’Eglise ? Etait-ce parce que Mgr Valerga était le meilleur candidat malgré sa nationalité ? Ou bien le Saint Siège pensait-il gagner le soutien de la Sardaigne en choisissant un de ses nationaux comme Patriarche tout en donnant la garantie au gouvernement français que cela n’affecterait pas ses intérêts en Orient ? Ou bien l’intention était-elle de conjuguer les deux objectifs ?

C’est le 4 Octobre 1847 qu’il fut annoncé officiellement que Mgr Valerga était nommé patriarche de Jérusalem, Il fut sacré à Rome, par le Pape, le 10 octobre 1847, et le cardinal Acton mourut juste avant l’ordination, le 23 Juin 1847 à l’âge de 44 ans.

 

7. La lettre apostolique Nulla Celebrior

 

La lettre apostolique Nulla Celebrior fut publiée le 23 Juillet 1847, quelques semaines avant l’ordination épiscopale et la nomination du père Valerga. Dans cette lettre le Pape annonçait l’établissement du Patriarcat latin de Jérusalem après consultation et contact avec les autorités compétentes. La Propaganda Fide joua un rôle majeur dans ces démarches, qui durèrent de janvier à juin 1847.

 

Nulla Celebrior

 

Aucune ville au  monde ne peut se comparer à Jérusalem pour sa tradition religieuse. Parmi tous les lieux où les chrétiens se rassemblent il n’en est pas de plus révéré que Jérusalem et ce pays. Dans chaque endroit de cette cité, des bâtiments célèbres se dressent pour témoigner des œuvres de notre Seigneur Jésus Christ. Ils rappellent la vertu et la sainteté avec lesquels le Divin Rédempteur de la race humaine a honoré cette Ville en particulier. Jérusalem est donc entourée du plus  grand respect depuis la naissance de l’Eglise. Si l’on ne devait dire qu’une chose de la ville de Jérusalem se serait  qu’elle contient le glorieux Sépulcre dans lequel Notre Seigneur est resté trois jours puis S’est relevé de la mort par Sa propre puissance le troisième jour, triomphant donc de la mort par ce miracle unique. C’est ainsi qu’Il confirma la nature divine de la religion qu’Il avait établi. C’est aussi dans cette ville que le Seigneur Jésus enseigna les mystères de la foi sublime et les divins commandements, pour que les chrétiens puissent vivre en accord avec ces mystères et commandements dans l’espérance, la justice et la piété. C’est dans la cité de Jérusalem que les apôtres reçurent le Saint Esprit et que la Vierge Marie resta avec eux pendant une longue période. C’est là qu’ils tinrent leur premier Concile. C’est à Jérusalem aussi que Saint Pierre s’échappa  de prison grâce à la puissance divine après avoir été arrêté par le roi Hérode. Nous ne citerons pas tous les autres évènements et œuvres dont l’Evangile et le Livre des Actes sont pleins. Tous ces évènements montrent qu’il n’y a pratiquement aucun lieu à Jérusalem et en Palestine qui ne soit pas lié à la vie du Seigneur Jésus, à Sa mort, à Sa résurrection, à Son ascension et à Ses miracles. Ils rappellent tous les œuvres de salut accomplies par le Seigneur. Cela a amené les chrétiens de toutes les générations à révérer ces lieux et à y célébrer leurs rites. Les regards des chrétiens sont concentrés sur la Palestine, particulièrement sur le Saint Sépulcre. Quand la cité tomba aux mains des barbares, les princes européens se levèrent pour combattre dans des guerres dures et répétées, pour la libérer et pour soulager les chrétiens des énormes difficultés et extrêmes injustices dont ils souffraient. Nous rappelons tous ces faits pour indiquer qu’il était naturel que les chrétiens traitent Jérusalem avec respect aussi bien dans le passé qu’aujourd’hui.

En ce qui concerne l’Autorité ecclésiastique, nous ne connaissons rien dans l’Histoire de l’Eglise qui ait été traité avec plus de révérence que l’évêque du siège de Jérusalem. Cependant ce que nous savons des plus anciennes sources est contenu dans l’article 7 du premier Concile œcuménique tenu à Nicée en 325 : « c’est une coutume antique et traditionnelle que nous révérions l’évêque de Jérusalem et qu’il doive bénéficier des fruits d’un tel respect. » Chacun sait ce qui arriva voilà quelques siècles quand les princes européens reconquirent la cité et établirent le royaume de Jérusalem, c’est alors que commença la lignée des Patriarches latins. Beaucoup de personnalités latines siégèrent comme Patriarche de Jérusalem. Le 4ème concile du Latran en 1215, au temps d’Innocent III confirma le rang de Patriarcat pour le siège de Jérusalem. Cependant, les malheurs des temps et les pertes subies par les armées européennes rendirent Jérusalem à l’autorité des musulmans. Les patriarches latins ne purent rester plus longtemps à Jérusalem pour prendre soin de leur diocèse. Les Pontifes romains, nos prédécesseurs, furent forcés d’adopter une autre façon de prendre soin des fidèles. Cependant ils n’ont jamais cessé de nommer des Patriarches de Jérusalem bien qu’ils les aient exempté du devoir de résidence aussi longtemps que l’Eglise elle-même était soumise à des non-croyants.

Aujourd’hui, les obstacles à la résidence du Patriarche latin à Jérusalem et ses soins pour le salut de son troupeau sont surmontés. Donc, après avoir été indignement élevé au Siège de Pierre, et après examen attentif, Nous avons concentré notre attention sur ce sujet, parmi les nombreuses affaires de l’Eglise, et décidé ce qui suit : En raison de la grande antiquité du Siège de Jérusalem, des droits fondamentaux dont il jouit, et au vu des circonstances présentes , tout Nous amène à envoyer à nouveau un Patriarche latin à la Ville de Jérusalem. Nous avons d’abord voulu soumettre cette  grave question à nos frères, les cardinaux de la sainte Eglise en charge des affaires de la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi afin qu’ils l’examinent en détail et prudemment pour la mettre en œuvre. Ils ont décidé par consensus  d’établir l’autorité patriarcale dans l’Eglise de Jérusalem. Quand Nous reçûmes leur réponse, Nous priâmes la Divine Providence de nous assister pour exécuter  cette décision si importante de la meilleure façon possible et dans l’intérêt suprême de l’Eglise. Nous avons donc pris un long temps pour réfléchir aux vues de la Congrégation. Puis nous avons choisi d’œuvrer sans délai à la réalisation de cette mission.

Par l’autorité du Dieu Tout-Puissant, des saints Pierre et Paul, et la Nôtre propre, Nous restaurons la juridiction du Patriarcat Latin de Jérusalem qui résidera dans la ville comme c’était autrefois le cas. Jusqu’à nouvelle instruction du Saint-Siège, les territoires et lieux actuellement sous la juridiction de Notre fils aimé, le Custode de la Terre Sainte et du Saint Sépulcre, général des frères mineurs, sont placés sous la juridiction de ce Patriarche. En ce qui concerne la nomination d’évêques sous la juridiction du Patriarche, nous publierons ultérieurement nos vues. Nous réserverons ce sujet à nous mêmes et à nos frères cardinaux, membres de la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi. La congrégation elle-même aura autorité pour donner des instructions précises, avec notre accord, afin d’indiquer la direction à suivre par le Custode de la Terre sainte, tous les franciscains qui y résident et tous les clercs sous la juridiction dudit Patriarche. Voici ce que nous avons décidé pour la dignité de la Foi, pour la croissance de l’Eglise catholique dans ces régions et pour l’intérêt de l’Eglise et des fidèles en général. Voici ce que nous espérons réussir avec l’aide de Dieu et Ses bénédictions.

Toutes instructions contraires, publiques ou privées sont annulées.
Donné à Rome, à Sainte Marie Majeure le 23 juillet 1847, seconde année de notre Pontificat. 

8. Instructions de la Propaganda Fide du 10 décembre 1847.

 

La lettre apostolique, Nulla Celebrior, laissait la porte ouverte à des instructions supplémentaires concernant le nouveau patriarcat. Le 10 décembre 1847, la Propaganda Fide publia ses instructions sur les règles de gouvernance du Patriarcat latin. Les plus importantes étaient les suivantes.

1.      Le Custode est le chef de la Custodie de Terre sainte. Ses pouvoirs acquis avec le temps sur la mission de Palestine et de Chypre sont transférés au Patriarche, tandis que le Custode garde sa juridiction sur la Syrie et l’Egypte.

2.      Le Patriarche appliquera les normes générales de la Loi Canon, particulièrement les décisions du Concile de Trente.

3.      En cas de vacance du siège patriarcal, le Vicaire patriarcal exercera les pouvoirs d’administrateur du diocèse.

4.      Le Patriarche peut donner au Custode des pouvoirs plus larges que ceux du paragraphe 1, comme par exemple le droit de Confirmation.

5.      Le Custode de Terre Sainte peut user des habits et insignes liturgiques  épiscopaux, sauf instruction contraire. Si le Patriarche est présent dans le diocèse, il devra en obtenir la permission. En son absence, le Custode peut utiliser ces vêtements.

6.      Le Custode de Terre Sainte sera désigné comme d’usage à la Custodie.

7.      La Constitution et les lois de l’Ordre Equestre des Chevaliers du Saint Sépulcre seront sauvegardées. C’est au Patriarche que revient la responsabilité d’accorder les grades et les promotions dans l’Ordre.

8.      Les prêtres et les religieux latins de Palestine et de Chypre agiront avec le patriarche comme prévu par le Droit Canon pour les relations avec l’évêque.

9.      Quand les prêtres de paroisse sont pris dans les Ordres réguliers, les chefs des ordres proposeront 3 candidats. Le Patriarche choisira  et nommera le prêtre de paroisse dans cette liste.

10. Le Patriarche pourra dire la messe et célébrer les rites liturgiques dans les églises de rite latin de Chypre et de Palestine. Les religieux mettront à sa disposition les vêtements liturgiques nécessaires. A Jérusalem, les chanoines de la cathédrale fourniront  les ornements sauf décision contraire du patriarche.

Conclusion

 

Les Bureaux du Saint-Siège avaient établi les grandes lignes de la restauration du Patriarcat, les études nécessaires avaient été faites et les instructions et recommandations données. Dans toutes ses dimensions et descriptions, le projet ressemblait à un plan d’architecte élaboré en théorie et auquel il ne manquait que l’exécution et l’exécutant. Cela n’était pas le plus facile. Il y avait une autorité catholique préexistante en Palestine, en l’occurrence la Custodie de Terre Sainte. Comment pouvait-il y avoir coordination entre un Patriarche arrivant de Rome et la Custodie qui avait conquis au cours des âges de solides droits missionnaires en Palestine ? Ensuite il y avait les Patriarches grec et arménien, comment accueilleraient-ils un tiers intervenant, ayant le titre de Patriarche de Jérusalem ? De plus, il y avait les difficultés que pourrait causer le gouvernement ottoman au nouvel hôte résidant dans la Cité sainte. Enfin, le Patriarche nommé devait construire une entité patriarcale à partir de presque rien. Les paroisses franciscaines resteraient dans le giron des Frères mineurs et le Patriarche serait à Jérusalem sans clergé propre. Il serait donc dépendant des franciscains pour les premières années de l’existence du nouveau Patriarcat.

Le Saint Siège choisit le père Giuseppe Valerga, âgé de 34 ans, populaire en Palestine sous le nom de Youssef Valerga, Patriarche de Jérusalem.
Il avait acquis une bonne pratique des affaires diplomatiques à Rome et toute son expérience pastorale à Beyrouth et à Mossoul.

 

 

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